Maskass Tu peux faire quelque que chose de divertissant très grand public mais avec quand même quelque chose en toile de fonds, quelques arcs de personnages, des émotions variées, quelques thèmes, un deuxième niveau de lecture. Des tas de films, pour enfants ou non, y sont parvenus.
Pour moi, l’essentiel du problème vient du fait que le matériau de base – un jeu vidéo – n’est pas toujours très exploitable en termes cinématographiques, sauf à opérer des choix extrêmement risqués. Là, on parle d’une licence où des frères plombiers investissent un royaume champignon complètement bigarré et WTF : alors dans le cadre d’un jeu, ça excite ce que j’appelle les mondes imaginaires et je trouve ça super cool, même sans un vrai scénario. On présuppose que tout ça marche selon sa propre logique interne et c’est stimulant en soi. Mais c’est fait pour être joué, c’est codifié à l’extrême et tant pis si c’est concrètement invraisemblable.
En faire des films, c’est déjà une drôle d’initiative. Parce que – pardon, hein – mais j’ai beau être fan des jeux Mario, ça n’a grosso modo rien à dire. Alors soit on en fait des prolongements vaguement scénarisés pour empiler du fan service à la truelle, avec les limites que ça suppose, soit un auteur se réapproprie des éléments distinctifs de la licence pour en faire une œuvre à lui, avec un propos. On a compris que c’est la première option qui a été retenue et dans cette optique, je trouve que le taf’ abattu est digne d’éloges. Ce sont des films au sens technique du terme, mais ils fonctionnent comme des produits dérivés. On peut mégoter et dire qu’il y avait possiblement moyen d’inclure davantage d’enjeux narratifs et thématiques, oui certainement, mais au prix de ce que nombre de fans auraient reproché au film s’il s’y était vraiment risqué : des absences (de lieux, de personnages etc.), un manque de matière et de probables dissonances avec ce que les jeux avaient déjà étalé comme lore. Et c’est pire si t’as un réal’ qui voudrait faire avec Mario ce que des Tim Burton ou des Christopher Nolan ont fait avec Batman : s’approprier un univers en y calant leur propre vision. Non seulement, personne ne veut probablement faire ça avec une licence aussi limitante, enfantine et bordélique, mais qui plus est le niveau de risque serait beaucoup trop élevé et je n’imagine pas une seconde Nintendo permettre une chose pareille. A fortiori depuis le trauma du film des années 90, qui doit encore être ressenti comme une petite humiliation.